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Articles & Actualité

Nos Le 24 avril dernier, j’ai eu l’occasion d’intervenir au Sénat dans le cadre d’une journée consacrée à la justice des mineurs et aux jeunes majeurs.

Cette journée a réuni chercheurs, professionnels de terrain, responsables associatifs, acteurs du soin, de l’éducation et de la protection de l’enfance autour de questions essentielles : la santé mentale des jeunes, l’évolution du lien éducatif, les difficultés du secteur médico-social, mais aussi les moyens de soutenir concrètement les enfants et adolescents les plus vulnérables.

Les interventions ont apporté des éclairages particulièrement forts sur les dimensions humaines, éducatives et politiques que soulève aujourd’hui la protection de l’enfance.


Une société qui valorise l’autonomie et la performance

Au-delà des constats largement partagés sur les difficultés actuelles du secteur, certains échanges ont particulièrement résonné avec ce que j’observe quotidiennement sur le terrain.

Le sociologue Alain Ehrenberg a notamment évoqué cette tension contemporaine autour de « l’autonomie normative » : une société qui valorise la performance, l’adaptation permanente et la réussite individuelle, tout en laissant parfois peu de place à la vulnérabilité et au temps nécessaire pour se construire.

Ces exigences traversent aujourd’hui tous les domaines : l’école, le travail, les relations sociales, les réseaux numériques. Elles touchent également les professionnels de l’accompagnement, souvent soumis à des impératifs de résultats, d’évaluation et de rationalisation.

Mais dans ce contexte, quelle place reste-t-il pour la vulnérabilité ?





Quelle place pour la vulnérabilité dans l’accompagnement des jeunes ?

Accompagner un jeune en difficulté ne consiste pas seulement à lui proposer un dispositif, une orientation ou un cadre éducatif. Cela suppose aussi de créer les conditions lui permettant de retrouver progressivement une sécurité intérieure suffisante pour apprendre, penser, se projeter et entrer en relation autrement.

Isabelle Santiago, séantrice, a défendu l’idée que la protection de l’enfance devait pleinement retrouver sa place dans le débat politique, notamment en donnant davantage d’espace à la parole des jeunes concernés et en soutenant les professionnels de terrain.

Marie-Pierre Mouton, sénatrice, a évoqué le rôle essentiel des initiatives locales dans l’accompagnement des jeunes confiés à la protection de l’enfance, ainsi que la nécessité de mieux entendre leur parole dans les réflexions institutionnelles et politiques.

Les propos de Josiane Bigot, magistrate et membre du CESE, ont apporté un éclairage particulièrement fort sur la question des droits de l’enfant, encore trop souvent reléguée à l’arrière-plan du débat public.


À La Vidaude, reconstruire un rapport sécurisant à soi et aux autres

Ces réflexions font profondément écho à un travail mené depuis plusieurs années avec les équipes du lycée hôtelier La Vidaude et l’association CAPso.

Le lycée hôtelier La Vidaude accueille des jeunes issus de la protection de l’enfance dans un cadre à taille humaine. Sa particularité est notamment de proposer une année préparatoire permettant à des adolescents souvent en rupture scolaire, pédagogique ou relationnelle de retrouver progressivement un rapport sécurisant à l’école, à l’apprentissage et à la relation aux autres.

Au-delà du projet pédagogique, un travail plus profond est mené autour de la relation, de la confiance, de l’expression émotionnelle, de l’estime de soi et du sentiment d’appartenance.

Chaque semaine, des ateliers de compétences psychosociales et de pleine conscience sont proposés aux élèves.

Ces espaces leur permettent d’apprendre à mieux se connaître, à identifier leurs émotions, à développer des relations plus sécurisantes avec les autres, mais aussi à retrouver une capacité de présence à eux-mêmes.

Une des particularités de ces ateliers repose sur la posture des adultes qui y participent. Les enseignants présents acceptent eux aussi de s’impliquer dans les échanges, de parler d’eux, de créer un espace relationnel plus horizontal, fondé sur l’écoute, l’empathie, le non-jugement et la confiance.


Restaurer la capacité à se sentir appartenir

Ce cadre est essentiel.

Beaucoup de ces jeunes ont connu des parcours marqués par des ruptures, des traumatismes ou des expériences répétées d’insécurité relationnelle. Ces vécus fragilisent souvent les capacités de régulation émotionnelle, la stabilité attentionnelle, la confiance en soi et le rapport aux apprentissages.

Les comportements impulsifs, le retrait, l’agressivité ou le repli sur soi ne peuvent alors être compris uniquement comme des difficultés comportementales. Ils racontent souvent des stratégies de protection construites dans des environnements de vie instables ou insécurisants.

Créer un sentiment d’affiliation, d’appartenance et de continuité constitue alors un véritable enjeu de reconstruction psychique.

Beaucoup de jeunes accompagnés en protection de l’enfance ont le sentiment de passer d’un lieu à l’autre sans réellement appartenir à aucun espace.


Le projet « REV » : passer de « La Vidaude » à « Ma Vidaude »

C’est à partir de ces constats qu’est né le projet « REV » : Réussir Ensemble à la Vidaude.

Au fil du temps, les ateliers ont évolué vers des projets de création collective mêlant écriture, musique, expression émotionnelle et travail sur l’histoire personnelle des jeunes.

Les élèves écrivent des textes, mettent en musique une partie de leur vécu, créent ensemble des supports artistiques et apprennent progressivement à transformer certaines expériences douloureuses en expression personnelle et collective.

L’objectif n’est pas de produire une performance artistique.

Il est beaucoup plus fondamental : permettre à ces jeunes de trouver une place, de créer du lien, de se sentir reconnus et de laisser une trace de leur passage.

Passer de « La Vidaude » à « Ma Vidaude », en quelque sorte.

Ce qui peut aider ces jeunes, ce n’est pas seulement de recevoir une aide ou un accompagnement.

C’est aussi de pouvoir contribuer, participer, enrichir à leur tour le lieu qui les accueille.

Ce n’est pas seulement recevoir.C’est aussi donner.

Et ainsi retrouver une capacité d’agir sur leur propre trajectoire.


Ce qui transforme réellement un parcours

Au Sénat, plusieurs interventions ont rappelé combien les professionnels du secteur médico-social manquent aujourd’hui de reconnaissance, alors même qu’ils portent des situations humaines extrêmement complexes.

Et pourtant, sur le terrain, des expériences existent. Des pratiques fonctionnent. Des jeunes évoluent, retrouvent confiance, reprennent goût à l’apprentissage et au lien.

Ces transformations ne reposent pas uniquement sur des dispositifs.

Elles reposent sur l’expérience d’une relation suffisamment sécurisante pour permettre à un jeune de recommencer à croire en lui-même et en sa place parmi les autres.


La philosophe Simone Weil écrivait :

« L’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité. »

Je crois profondément que cette attention portée aux plus fragiles constitue aujourd’hui une exigence humaine, éducative et politique majeure.


Une responsabilité collective

Prendre soin des enfants et des jeunes de la protection de l’enfance, c’est aussi interroger la manière dont une société choisit de considérer ses vulnérabilités, ses responsabilités collectives et son avenir.


 
 
 

Dernière mise à jour : 1 mai 2024

Nos émotions sont l’héritage de notre évolution, sans elles, nous aurions eu bien du mal à survivre ! Elles nous permettent de réagir en cas de nécessité, de nous adapter… elles ont joué un rôle déterminant dans le développement nos capacités parentales : être attentifs aux signaux de détresse de « nos petits » afin d’y répondre le plus rapidement possible, leur apporter, protection, soin, sécurité mais aussi favoriser la communication et l’émergence de l’espace symbolique du jeu. Une richesse « typiquement humaine », qui nous a rendus profondément pro-sociaux !


Nos émotions sont la signature de notre nature humaine, et pourtant nous avons parfois du mal à les sentir, à les comprendre et à en faire une voie d’épanouissement, d’expression de notre créative singularité.

Source de richesse, de lien à soi et aux autres, elles se déclinent à l’infini, subtilement, secrètement, ou encore avec intensité voire débordement ou tout en douceur. C’est une palette de couleurs avec laquelle il semble tout à fait utile d’apprendre à composer, avec le plus de tranquillité possible.





De façon ludique, bienveillante, et encore une fois créative, les programmes de pleine conscience pour les enfants, les guident à découvrir leur géographie émotionnelle et à la parcourir quelles qu’en soient les aspérités. Ils leur proposent de s’ancrer dans l’ici et maintenant du corps pour leur apprendre à y être attentifs dans toutes ses manifestations, les sensations, les histoires que les émotions leur racontent, les actions qu’elles les poussent à faire ou qu’elles les empêchent d’avoir… et surtout ces programmes apprennent aux enfants à choisir comment ils souhaitent se comporter face à leurs émotions … Rien de magique, et pourtant un réel bénéfice constaté, alors que ces programmes sont proposés depuis plusieurs années déjà : plus de calme, d’attention, de communication, de confiance.


Entre chaque séance, un exercice quotidien simple permet de prendre de nouvelles habitudes et de se sentir plus présent à chaque instant … et donc plus heureux, tout simplement.


Retrouver les informations et méditations sur la page


 
 
 

Que signifie réussir ? L’aisance financière voire l’abondance ? La position sociale ? L’épanouissement personnel ? La sensation de contribuer concrètement au développement, la préservation de notre relation à nous-mêmes, au monde et aux autres ?

Peut-être tout cela ou peut-être rien de tout cela ?


L’amélioration de nos conditions de vie a un effet de paradoxe : plus de confort, de rapidité, de plaisir, de loisirs. Cet éloignement du combat pour notre survie, en tout cas pour grand nombre d’entre nous, alimente un rapport à la vie teinté d’abstraction : son hégémonie est l’avènement du « clic ». Une carte bancaire, un clic, un achat. Un « clic » une vie encensée, un « clic » une vie brisée. Cette abstraction automatisée nous éloigne d’une sensation concrète de prise sur la vie, sur notre vie. Elle nous détourne parfois bien loin du concret, et nous nous retrouvons à errer dans notre esprit.



Évoquer le vagabondage de l’esprit, par ailleurs également source d’inspiration, sous le mot « errance » et non « penser » est, ici, intentionnel. Penser est un acte qui se devrait d’être volontaire, agit, construit, fruit d’un effort de compréhension et d’élaboration. Mais tel est le paradoxe que nous amène notre confort de vie : pas assez de « penser », trop d’abstraction ballotée par les vagues de nos émotions, de nos jugements auto-critiques, de nos ruminations, de notre insatisfaction ou encore de notre stress.

Apparemment la perspective du gain, alimente cette abstraction : plus le profit est grand, plus il semble appeler un profit plus important encore, repoussant les limites de notre envie « d’avoir ». L’ambition est un noble moteur, pour autant qu’elle draine dans son sillon le désir d’y fédérer le plus grand nombre et non de l’en exclure.

Cet effet de paradoxe continue de s’accentuer : alors que nous sommes une espèce profondément et intrinsèquement pro-sociale, le progrès technologique, avec son influence sur la vie personnelle, professionnelle et politique, semble nous éloigner de notre destinée humaine qui n’est rien d’autre que d’œuvrer à vivre ensemble, prendre soin les uns des autres, et mettre à contribution notre être pour réaliser cet accomplissement.

Réaliser, se réaliser. Et si c’était cela la réussite ? Et si se réaliser ne pouvait se déployer qu’en mettant à jour ce que nous sommes chacun et découvrir que cette parcelle unique de notre être n’était qu’une pièce indispensable à la construction de l’immense puzzle humain.

L’ère post-covid, nous donne l’impression que nous devons nous relever, remettre debout sur une terre brûlée, nos corps fatigués, rassembler nos esprits déboussolés, et que cette période de privation relationnelle, d’obscurité sur l’avenir, nous pousse plus que jamais encore, à reconsidérer ce qui nous avions internalisé comme acquis. L’épuisement nous oblige à regarder en face ce qui est important pour nous, essentiel, non négociable.

Alors que veut dire réussir aujourd’hui ? S’il est toujours question de « créer de la richesse », il devient insoutenable de l’envisager privée de la richesse relationnelle, de la solidarité et de la nécessité d’être.

La crise d’aujourd’hui, n’est plus une crise financière, c’est une crise de l’être : un profond sentiment de manque à être. Harassés par l’injonction à faire, l’individu, usé par l’aliénation productive crie, hurle son écœurement, pour espérer retrouver son souffle. Et cet appel est si puissant, qu’il semble que rien ne pourra plus l’arrêter.


Alors, s’il fallait renoncer au profit pour réussir ? Réussir à se souvenir ce que veut dire vivre, être en vie, être vivant ?

Dans la préface du livre de Tal Ben-Shahar, « L’Apprentissage du bonheur », Christophe André reprend une expression de l’auteur, celle de « Banqueroute affective ». Ce dernier nous rappelle dans son ouvrage, qu’à force d’obsession à accumuler des biens matériels on risque, sans s’en rendre compte, la faillite psychologique. La perte de sens, d’objectif altruiste menace de nous faire sombrer dans la dépression. La quête de la réussite n’a de sens que si elle nous permet de développer nos talents intérieurs et extérieurs, reflet unique de notre Être, au bénéfice de notre épanouissement personnel mais plus encore au service de l’humanité, de l’environnement, de la planète.

La nécessité du bien-être est un pré-requis dans la disponibilité aux autres, car elle favorise naturellement l’ouverture, la créativité. Et notre disponibilité aux autres, notre capacité à en recevoir et percevoir les bienfaits, alimente notre réservoir affectif, notre sentiment d’utilité, de connexion sociale. Ce pour quoi nous existons, en fait.


Tout est là, à portée de main. Nul besoin d’aller chercher plus loin, d’aller chercher plus haut, d’aller chercher ailleurs. Bien au contraire, il est temps de s’arrêter, et de sentir, là, juste à cet instant, à l’intérieur de nous, cet appel à être qui ne demande qu’à nous guider. Il paraît difficile de nier aujourd’hui, que nous souhaitons ardemment apprendre à l’écouter, à lui faire confiance, pour apprendre à nous faire confiance, et rester connectés à ce mouvement si naturel et bienfaisant d’attention à l’autre afin de répondre du mieux possible, que ce soit spontanément ou au long cours, à ce dont chacun a vraiment besoin.

 
 
 
atelier enfants 2022
article cycle adultes 3 séances
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